La « facticité » du mythe oedipien

Ce qui se déconstruit sous nos yeux vient confirmer ce que Lacan a contribué à mettre au jour dans sa reprise du mythe oedipien, à savoir l’abandon de l’idéologie patriarcale, avec la disjonction entre l’organe du père (le pénis) et le phallus, distinction entre le père géniteur et le « père » comme signifiant. Grâce à Lacan, se lève la confusion entre fonction phallique et virilité… C’est en ce sens qu’il ne conserve de l’Oedipe que le phallus comme tiers terme et la castration comme structure logique d’humanisation du désir.

Dans son enseignement, on trouve quelques propositions qui peuvent nous aider à penser et à nous situer face à ces nouvelles configurations sociales. Dès son travail sur la psychose, il pose que le signifiant « nom du père » peut se passer de la présence du père de l’enfant. Par la suite, dans son séminaire sur Les Noms-du-Père, il a critiqué « le mythe oedipien » qui fait de la famille conjugale une norme.

A propos de ce qu’il appelle « la psychanalyse en extension » dans la proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’Ecole (Scilicet 1), il note, dans le symbolique, la « facticité » du mythe Oedipien. Cette facticité est à entendre dans le sens que lui donne la philosophie, à savoir, le caractère contingent d’un fait.

L’insistance de Lacan à révéler la facticité de ce mythe, souligne son caractère aléatoire et les enjeux idéologiques de la famille qu’il qualifie de « valeur petite bourgeoise (…) dans la société, véhiculée par la science. »

Et plus précisément dans les Autres écrits, : « L’attachement spécifié de l’analyse aux coordonnées de la famille, est un fait qui est à estimer sur plusieurs plans. (…) Il semble lié à un mode d’interrogation de la sexualité qui risque fort de manquer une conversion de la fonction sexuelle qui s’opère sous nos yeux. » (p. 587)

Lacan visionnaire, met en garde les psychanalystes quant au risque pour eux « d’être à la traîne », sur l’évolution de leur époque. Prenant à contre pied les « nostalgiques » du père et les partisans de son « déclin », il ne cesse de rappeler que la fonction paternelle n’est pas à confondre avec le père de la réalité. La fonction Nom-du-père est une fonction métaphorique qui n’est pas nécessairement dépendante de la structure familiale. La fonction du père renouvelée par Lacan est une fonction de reconnaissance, c’est-à-dire celle d’un tiers qui nomme. C’est une fonction de nomination. Elle est « fonction et champ de la parole… et du langage. »

L’inconscient à demi-mot, p. 154.