du mathème au noeud
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Or, l’Ecole a été dissoute, un instant. Si même une école a resurgi à l’instant immédiatement ultérieur, on ne peut faire que l’instant de la dissolution n’ait pas eu lieu. La revue Scilicet a disparu. (…) Parallèlement, le bourbakisme est désormais en mathématiques une figure close et cela à un point que Lacan ne pouvait pas ignorer.
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Le Séminaire, quant a lui, n’était pas conforme. Il était une création institutionnelle, non moins robuste que l’Ecole freudienne, plus audacieuse peut-être. (…) Il faut citer aussi Freud : qu’un homme qui se réclamait de l’idéal de la science ait cru possible de créer, hors académies, hors. pouvoirs publics, hors Eglises, hors unions professionnelles, quelque chose comme une profession nouvelle et quelque chose comme l’Internationale de psychanalyse, c’est, quand on y songe, proprement exorbitant ; la première chose qu’apprend un savant moderne étant qu’en matière de métiers et d’institutions scientifiques, la création est difficile et rarement réussie. Elle résiste rarement à la mort biologique ou légale de ses fondateurs.
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L’EFP trouvait son support doctrinal dans la doctrine du mathème – laquelle expliquait en quel sens il était permis de savoir et en quel sens donc une école était suffisante (ou nécessaire) comme moyen d’exercice de cette permission. Que l’école ait été dissoute un instant, cela signifie donc une seule chose : le mathème lui aussi a été dissous. Et tout de même que l’école recomposée après dissolution n’est pas la même que la précédente, de même le mathème réaffirmé n’est pas le même.
(…) Il est clair que l’usage de la mathématique change avec le séminaire XX. Pour parler bref, la référence mathématique se trouve désormais absorbée par la théorie du noeud borroméen. (…)
Dès le début pourtant, une chose devait frapper : bien qu’il existe un abord mathématisant des noeuds, ce n’est pas cela que Lacan en retient. Plus précisément encore, tout se passe comme si Lacan ne s’intéressait au noeud que par ce qu’il a de réfractaire à une mathématisation intégrale : « il n’y a aucune théorie des noeuds. Aux noeuds ne s’applique à ce jour aucune formalisation mathématique… » (XX, 116).
Le noeud se révèle donc tout autre chose que les divers objets topologiques (…) utilisés précédemment. (…) Pour le noeud, les tresses etc., la question est tout autre. Sans doute viennent-ils de la mathématique, mais plutôt à titre de curiosité (…). Cela n’interdit certes pas que les. mathématiciens s’emploient à mathématiser le noeud. Certains l’ont tenté avec éclat, sous le regard attentif de Lacan. Peut-être, au moment où j’écris, est-il avéré qu’eux ou d’autres ont entièrement réussi. Il reste que le noeud n’avait pas attendu leur effort pour fonctionner dans le discours.
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Le noeud, c’est autre chose ; il est antinomique à la lettre et de ce fait, antinomique au mathème.
Jean-Claude Milner, L’Oeuvre claire, p. 162.